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La filière hydrogène

De l'eau à l'hydrogène et de l'hydrogène à l'électricité

 

Cette filière en développement doit être étudiée de près par les acteurs de l'île de la Réunion, comme une voie possible à ne pas négliger, notamment dans les applications Transport et Site isolé.

 

L'hydrogène :

 

L'hydrogène : pourquoi ?
Mais pourquoi l'hydrogène surgit-il soudain au premier plan des préoccupations ?
Cela s'explique d'abord par l'accroissement systématique des problèmes dus au réchauffement de la planète. Les émissions de CO2 imputables à la consommation de combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) entraînent des catastrophes climatiques toujours croissantes - tempêtes, inondations et sécheresses - qui mettent en danger la vie des humains tout en minant l'économie planétaire. D'autant plus que la demande mondiale en énergie ne cesse de croître.

Or, l'hydrogène est un carburant propre : les résidus d'un moteur propulsé à l'hydrogène se présentent sous la forme de vapeurs d'eau et de faibles émissions d'oxydes nitreux.
C'est la principale raison pour laquelle, on s'en doutera, l'hydrogène continue de faire des percées dans le domaine de l'énergie.


L'hydrogène : caractéristiques
L'hydrogène est l'élément le plus abondant dans l'Univers. Gaz transparent, inodore, insipide. Atome le plus petit de tous les éléments, qui ne comporte qu'un proton et un électron.
On le retrouve partout sous une forme composée, agglomérée à d'autres éléments pour former tous les types de molécules, pierre d'assise, matériau même du monde à l'échelle cosmique. Source d'énergie du Soleil.
Ici, sur Terre, l'hydrogène a permis rien de moins que l'éclosion de la vie telle qu'on la connaît en se combinant avec un autre élément fondamental, l'oxygène, pour former l'eau.

Pas d'H2O, pas d'humain.
Pas de planète bleue non plus !

L'hydrogène est un constituant de l'eau, des hydrocarbures et de toutes les molécules organiques. Il est si léger que, libéré dans l'atmosphère, il s'élève dans l'air et finit par diffuser dans l'espace.
Mais il se trouve aussi que la molécule d'hydrogène n'est présente qu'à moins d'une partie par million dans l'atmosphère terrestre : il y en a partout, mais habituellement en toutes petites quantités. De sorte que si l'on veut s'en servir, il faut d'abord réussir deux opérations complexes et jusqu'ici fort coûteuses : extraire la molécule d'hydrogène des composés où on la retrouve, et surtout la stocker d'une façon ou d'une autre.

   

 


L'hydrogène : techniques de production

1. Techniques connues

L'hydrogène est actuellement fabriqué par électrolyse ou par reformage, techniques désormais bien connues.

  • L'électrolyse est le procédé de décomposition chimique de l'eau en oxygène et hydrogène sous l'action d'un courant électrique. Sous réserve de recourir à une électricité d'origine renouvelable, cette production d'oxygène et d'hydrogène présente un bon bilan environnemental. C'est l'hypothèse la plus réaliste pour notre environnement insulaire disposant de beaucoup d'eau. cf:sujet stage hydrogène pour l'année 2004
  • Le reformage utilise du pétrole ou du méthanol dans le véhicule lui-même. Le reformage peut produire de l'hydrogène à consommer dans une pile à combustible. Le reformage pose le problème du produit primaire à transformer en hydrogène. Un grand nombre de produits pourraient être utilisés : le méthanol, le gaz naturel, l'essence, le gazole, le naphta... Un des grands inconvénients de ce procédé est qu'il émet des grandes quantités de CO, gaz toxique. Mais alors pourquoi ce détour, si c'est pour polluer encore avec du pétrole ? Globalement, un véhicule avec pile à combustible émettrait moins d'oxydes d'azote et de particules et la qualité de l'air s'améliorerait. Ce type d'application pour l'île de La Réunion pourrait s'envisager en s'appuyant sur la filière industrielle du sucre et de ces dérivés. Le bilan carbonné est alors à vérifier.

2. Techniques R&D

Une autre méthode de production d'hydrogène peut être abordée, elle aussi liée aux énergies renouvelables. Il s'agit de la production à partir de la biomasse mais aucun procédé n'est encore mûr techniquement. La biomasse est utilisée pour produire de l'électricité qui permettra ensuite de produire l'hydrogène par électrolyse. Plusieurs méthodes existent actuellement :
     - transformation en alcool (éthanol, méthanol) ou méthane suivi de reformage,
     - pyrolyse et gazéification de la biomasse suivi de reformage,
     - la photosynthèse.

La fermentation de la biomasse permet de produire une solution alcoolisée, dont il pourra être obtenu après distillation du méthanol ou de l'éthanol. Un autre type de fermentation (anaérobie) permet d'obtenir du biogaz contenant essentiellement du méthane et du CO2. Ceux ci peuvent être ensuite reformés suivant les procédés cités ci dessus.
Dans le cas de la gazéification, il est nécessaire de faire sécher la biomasse, puis la thermolyser à 600°C, la fait réagir vers 1000°C avec de l'air ou de l'eau (reformage), enfin les impuretés doivent être éliminées. Le gaz obtenu, riche en H2 et CO, peut être utilisé directement pour produire de l'électricité, purifier pour en extraire H2, ou transformer en méthanol.. C'est un procédé dont la mise au point pourrait prendre encore quelques années.

Concernant la photosynthèse, des scientifiques californiens viennent en effet de démontrer que l'algue verte (Chlamydomonas reinhardtii) peut produire de l'hydrogène.
Comme toutes les plantes vertes, cette algue utilise la photosynthèse pour transformer l'eau et la lumière du soleil en sucres contenant de l'oxygène et de l'hydrogène. Quand la photosynthèse devient impossible, cette algue puise dans ses stocks d'énergie sucrée, ce qui libère l'hydrogène.

   

 

L'hydrogène : utilisations
On peut utiliser l'hydrogène comme source d'énergie de 2 façons :

  • en le brûlant dans un moteur à combustion interne ou une génératrice,
  • ou en le décomposant dans une pile à combustible pour produire de l'électricité.


1. Combustible direct
Comme le gaz naturel, composé surtout de méthane (de formule CH4) en chimie, et le propane (C3H8), l'hydrogène (H2) est un gaz inflammable. Il sert d'ailleurs de combustible depuis plus d'un siècle. Au 19ème siècle et dans la première moitié du 20ème siècle, on utilisait pour l'éclairage et le chauffage le "gaz de houille", obtenu à partir du charbon et contenant environ 50% d'hydrogène et 25% de méthane. Aujourd'hui, sous forme liquéfiée, l'hydrogène propulse la navette spatiale et la plupart des fusées. Mais il est surtout employé dans l'industrie chimique pour le raffinement du pétrole ou dans le traitement.
De plus en plus de recherches et d'essais visent aussi à utiliser l'hydrogène comme combustible pour le transport. L'utilisation d'hydrogène dans un moteur à combustion interne ne nécessiterait pas de grandes modifications.


2. Les piles à combustible

La seconde façon d'utiliser l'hydrogène, c'est en lui soutirant son énergie dans une pile à combustible qui produit de l'électricité.

Dans une telle pile, une membrane poreuse sépare deux régions, dont l'une contient de l'hydrogène gazeux et l'autre de l'air. Chaque région comporte aussi une électrode imprégnée de platine. Au contact du platine, l'hydrogène se dissocie et les électrons laissés sur l'électrode migrent dans le circuit entre les deux électrodes, engendrant un courant électrique.

Ce sont de telles piles, beaucoup moins lourdes que des batteries, qui produisent l'électricité dans la navette spatiale. Les protons abandonnés par les électrons passent à travers la membrane perméable et réagissent avec l'oxygène de l'air, produisant de l'eau (dans la navette, cette eau est consommée par les astronautes).
"L'avantage de ce système, c'est qu'environ 45% de l'énergie chimique contenue dans l'hydrogène est convertie en électricité, ce qui est un excellent rendement. À titre de comparaison, le rendement d'un moteur à combustion interne ne dépasse pas 25%".

Un tel rendement compense l'énergie nécessitée par la production de l'hydrogène. En plus de l'électricité, la pile à combustible dégage de la chaleur, jusqu'à 35% de l'énergie initiale, qui peut être utilisée pour le chauffage. Dans un véhicule, l'électricité générée servirait à actionner un moteur électrique. C'est ainsi que fonctionnent certains autobus électriques (Ballard).

   

Mais les piles à hydrogène peuvent constituer plus qu'une source d'électricité pour les véhicules ; Elles pourraient servir de générateurs d'appoint, beaucoup moins polluants que des génératrices diesel. Mais, surtout, elles permettent d'envisager l'hydrogène comme moyen de stockage d'énergie. Prenez un endroit isolé, non desservi par des lignes électriques, où l'électricité est produite par éolienne quand il y a du vent ou par une petite centrale thermique quand l'air est calme. On pourrait obtenir de l'hydrogène par électrolyse, à partir de l'eau, en utilisant l'énergie excédentaire produite quand il y a du vent. Quand il n'y a pas de vent, l'hydrogène stocké servirait à produire de l'électricité, avec des piles à combustible. Le tout sans pollution ou presque.
Un tel système serait aussi utile à plusieurs pays en développement.

Pour en savoir plus :


L'hydrogène : stockages
L'hydrogène fournit moins d'énergie que l'essence, à volume égal, mais trois fois plus à poids égal. Même liquide ou sous haute pression, il est moins dense que l'essence, donc l'autonomie des véhicules reste limitée, à moins d'installer de gros réservoirs.
De nombreuses recherches portent sur le stockage de l'hydrogène et du gaz naturel. En effet, stocker l'hydrogène sous haute pression est la solution la plus simple, mais nécessite des réservoirs lourds, encombrants et coûteux. Les chercheurs tentent de contourner ces difficultés en liant l'hydrogène au matériau du réservoir, ce qui aurait aussi l'avantage de rendre le stockage plus sécuritaire. Deux voies sont étudiées depuis plusieurs années : le stockage par hydrures métalliques ou par adsorption dans du charbon activé.

 


L'hydrogène : enjeux et avenir
Il ne faut pas s'attendre à ce que les technologies basées sur l'hydrogène se généralisent avant une vingtaine d'années. Mais c'est tout de suite qu'il faut élargir les recherches et développer les compétences. Pour le moment, l'utilisation de l'hydrogène reste plusieurs fois plus coûteuse que celle du pétrole. Ces coûts diminueront avec les progrès technologiques. Mais, même si l'hydrogène demeure plus cher que le pétrole, il n'y a pas que ce coût à considérer. Il faut aussi tenir compte des pertes pour la société liées à l'utilisation du pétrole, comme les maladies respiratoires et la dégradation des matériaux causée par les pluies acides...